Réplique du fermoir d’aumônière d’Envermeu – Episode 9

IX. La conclusion

La démarche du fac-similé peut parfois s’avérer compliquée, surtout quand la technique employée à l’époque n’est plus utilisée. Et le résultat peut être décevant.
C’est à moitié le cas pour le fermoir d’Envermeu; le résultat final est proche de l’original, mais présente tout de même des faiblesses, dues à un mauvais ordre de fabrication. L’ordre devrait être comme suit:

  1. Fabrication du cerclage en fer
  2. Mise en forme et soudure des cloisons d’or, en se servant du cerclage en fer comme gabarit
  3. Préparation des paillons d’or; brunissage, estampage
  4. Taille des grenats en plaquettes, ajustage dans leurs emplacements et taille des côtés en biseau
  5. Toujours dans le cerclage, pose légèrement en force des grenats emballés dans leur paillon dans leurs emplacements
  6. Sertissage des pierres par écrasement des cloisons
  7. Soudure du fond du boîtier et montage du système à boucle scutiforme
  8. Assemblage final à l’aide du ciment et des clous d’argent.

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C’est un travail fatiguant pour le mental, car il nécessite une concentration extrême sur certaines étapes, comme par exemple le sertissage. Un peu de fatigue, de distraction, et la masse dérape. La force appliquée, bien que faible par rapport à un sertissage moderne, est suffisante pour provoquer la casse des plaquettes..

Ma plus grosse erreur a été la taille des grenats. Ils n’étaient, au final, pas suffisamment ajustés, et l’un d’entre eux a sauté hors de sa case pendant le test de chocs. Ces grenats n’étaient d’ailleurs pas suffisamment polis sur l’envers, ce qui ne facilite pas la transparence.
Un problème est apparu aussi au niveau des paillons gaufrés. La technique est encore à affiner, car le résultat a trop peu de relief. Il faut certainement utiliser de la feuille plus fine, la mienne étant à 1/10e de millimètre. Et la matrice quadrillée est certainement un bivalve en cuivre imprimé en positif/négatif.

Pour avoir un résultat encore plus proche de l’original, il est important d’utiliser exactement les mêmes matériaux. Pour une prochaine réalisation, j’utiliserai de l’or. Bien que coûteux, il présente une malléabilité qui fait toute la différence.

Quelques chiffres:

De la première demande de Philippe Raux, en passant par les recherches et la réflexion, jusqu’à la réalisation, il s’est écoulé plus d’un an.

En utilisant des outils modernes:
Avec un tour de lapidaire, des fraises diamantées, un laminoir, un tour à polir, une perceuse, on peut réaliser cet objet en 150 heures environ.

Avec les moyens de l’époque:
Grâce aux indications données par Steeve Mauclert sur le polissage manuel des pierres, on peut estimer qu’il faut une journée pour mettre en forme une seule plaquette de grenat. Soit 90 jours pour la totalité des pierres

Je n’ai absolument aucune idée du temps nécessaire pour obtenir de la feuille d’or à partir d’un lingot. La technique de frappe au marteau à étirer demande un savoir-faire pour obtenir une feuille régulière.

Évidemment, ces données varient en fonction du nombre d’artisans et de commis dans un atelier à l’époque mérovingienne.

Comparaison avec le fermoir original: il ne faut pas perdre de vue que l’original est très détérioré. Le boîtier a été refait, et la forme générale en souffre, et la boucle n’est plus à la bonne hauteur.

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